En poursuivant ses études dans une filière technologique, Angélique a trouvé l’énergie de se battre pour donner tort aux profs qui ne la voyaient pas réussir.

 

 

En classe de seconde, je me sentais heureuse d’avoir eu mon brevet et prête à assurer cette nouvelle année scolaire. Elle s’est annoncée plus difficile que prévu. Le programme était lourd, il fallait travailler régulièrement. Je me suis accrochée. Mais il m’arrivait de rencontrer des difficultés en maths et en physique-chimie. Les profs l’ont de suite remarqué et, au lieu de m’aider, ils m’enfonçaient. J’avais le sentiment qu’ils voulaient aider et faire avancer les meilleurs de la classe en laissant les élèves en difficulté se débrouiller. Je n’ai jamais compris pourquoi. À quoi servent le collège et le lycée dans ce cas ?

Pourtant je ne voulais pas abandonner. J’ai donc continué comme si de rien n’était. J’essayais de participer, mais des profs ne cessaient de me répéter : « Angélique, ça ne sert à rien de lever la main, tu n’y arriveras pas ! » C’est comme ça qu’au fur à et mesure des semaines, j’ai fini au fond de la classe, passive pendant la plupart des cours. J’ai doucement renoncé à travailler. Le mois d’octobre à peine achevé, il a fallu penser à un choix d’orientation. Évidemment, les filières générales m’étaient refusées. Pourtant, mes notes étaient très satisfaisantes dans les matières sociales/économiques et littéraires. Mais pour eux, je n’étais pas faite pour un bac général et encore moins pour les études. Or, je savais et je sais que j’ai les moyens de réussir.

L’idée d’être « nulle » s’incrustait dans mon crâne

Un peu plus tard, on m’a imposé un rendez-vous avec la conseillère d’orientation. Comme je pensais qu’elle était là pour m’aider, m’orienter, me conseiller, je m’y suis rendue sans aucune appréhension. Mais la personne sur laquelle je suis tombée a eu la même attitude que mes professeurs. Elle n’avait pas mon dossier sous les yeux, mais m’a parlé des bacs professionnels et des BTS que je pouvais éventuellement envisager.

« Un bac pro, qu’en diriez-vous ? Quel domaine vous intéresse le plus ? Vous aimez la nature ? Alors je vous propose un BTS agriculture juste après votre bac ! » Je crois que le pire dans cette histoire, c’est qu’elle ne connaissait même pas les débouchés des bacs, des BTS et des licences qu’elle me proposait, les passerelles qu’il pouvait y avoir… J’ai dû tout chercher par moi-même. Notre conversation n’a servi à rien, peut-être juste à m’enfoncer encore un peu plus.

Sur le moment, j’étais déçue, attristée, accablée. Je me suis sentie inférieure aux autres et incapable de réussir. L’idée « d’être nulle » s’incrustait dans mon crâne. Ça m’a beaucoup empêchée de travailler. Tous mes espoirs et mes rêves se sont envolés. Car depuis toujours, ce que je veux, c’est soigner et aider, être médecin ou vétérinaire.

Je me suis découvert une passion pour la biologie

J’ai donc décidé d’aller en ST2S (sciences et technologie de la santé et du social) et de changer de lycée (pour aller à Paris), car leur pédagogie ne me convenait absolument pas. Au début, j’avais peur que la filière soit « trop facile » pour moi et que je m’ennuie. Finalement, j’avais les mêmes a priori que certains élèves et profs. Filière technologique = nulle. Facile à avoir = aucun avenir. Au contraire, au bout de quelques semaines je me suis rendu compte que le lycée dans lequel j’étais entrée en première était parfait : les professeurs étaient conciliants, à notre écoute. Je sentais qu’ils ne venaient pas juste « pour nous faire cours », mais pour nous aider et nous relever. Je me suis découvert une passion pour la biologie. Et j’ai réalisé que les matières (français, mathématiques, anglais, espagnol, histoire, philosophie…) enseignées étaient tout aussi complexes qu’en filières générales. Je me rappelle que quelques personnes, dont des ami(e)s, m’ont dit que j’avais fait erreur. Que je m’étais embarquée dans n’importe quoi. Que je n’aurai aucun avenir… Puis, en grandissant, j’ai gagné en maturité, je suis passée outre ces remarques injurieuses. J’ai travaillé pour avoir mon bac et l’obtenir, avec une mention si possible. Objectif atteint : mention Bien ! On peut dire que c’était un début de fierté. Un pas vers la confiance en soi et la réussite.

Aujourd’hui, je suis plus motivée que jamais. Je pense que sans ces remarques blessantes, ma détermination n’aurait pas été aussi présente. Je veux prouver à mes anciens profs, ceux qui ne m’ont pas encouragée, que ce n’est pas mon bac mais mon travail, ma détermination et mon courage qui m’aideront à trouver ma voie et réussir.

Angélique L. 18 ans, étudiante, Paris

Crédit photo // World Bank Photo Collection